
La définition :
Tout d’abord, examinons la définition du mot en question. Le mot anthropomorphisme vient du grec « anthropos » (homme) et « morphê » (forme). Il désigne le fait d’attribuer des caractéristiques humaines à ce qui ne l’est pas (un objet, une divinité, ou un animal).
Dans le langage courant, il est utilisé pour dire : “Vous interprétez un animal comme s’il était humain.”
Si la définition semble neutre en apparence, son usage dans le domaine animalier soulève cependant plusieurs questions.
Pourquoi ce mot pose problème ?
Ce terme est souvent brandi dès qu’on parle des émotions ou de la sensibilité d’un animal, que ce soit dans le cadre de l’éducation animale canine et féline ou dans le cadre d’autres situations concernant d’autres animaux.
1. Les émotions ne sont pas “humaines” par nature.
La peur, la joie, la tristesse, l’anxiété, la douleur ou le plaisir ne sont pas réservés à notre espèce. Elles font partie du vécu de tous les animaux.
De nombreuses recherches en éthologie le confirment.
L’observation du comportement animal, associée aux recherches en éthologie, permet aujourd’hui de mieux comprendre ces états émotionnels.
Un chien qui saute de joie en retrouvant son humain, un chat qui se cache à l’arrivée d’un inconnu : ce ne sont pas des projections, mais l’expression de leur sensibilité propre.
Dire qu’un chien ou un chat ou tout autre animal ressent ces émotions, ce n’est pas “lui prêter des sentiments humains”. C’est simplement reconnaître une réalité biologique et comportementale.
2. Utiliser ce mot peut servir à nier leur vécu.
Dire “vous faites de l’anthropomorphisme” peut être un moyen de minimiser ou d’ignorer la souffrance, le stress ou le bien-être d’un animal, sous prétexte qu’on “projette” nos émotions sur lui qui ne sont pas uniquement les nôtres mais celles que tous les animaux peuvent ressentir.
La difficulté ne réside pas dans la reconnaissance des émotions, mais dans l’interprétation que nous en faisons.
3. Il entretient la confusion entre émotion et intention.
Oui, un chien ou un chat ressent peur, frustration ou joie comme tous les autres animaux (et rappelons le, nous-mêmes faisons partie du règne animal)
Non, il ne planifie pas une vengeance. Il ne “teste” pas volontairement son humain non plus. De même qu’il ne détruit pas pour “se venger”.
Prenons des exemples fréquents : un chien qui n’obéit pas tout de suite n’est pas en train de “tester les limites”. Il a peut-être simplement besoin d’un apprentissage plus progressif.
Pour prendre un autre exemple, un chat qui urine sur le lit après avoir été grondé ne se “venge” pas, il exprime plutôt un stress ou un mal-être.
Ces interprétations humaines passent à côté des vraies causes d’un comportement et nuisent souvent à la relation.
Ce que cela change dans notre relation
En parlant de “sensibilité” et de “comportement” plutôt que d’“anthropomorphisme”, on s’autorise à :
- Reconnaître que nos animaux peuvent avoir des émotions proches des nôtres sur bien des points.
- Observer et comprendre leurs réactions selon leurs propres codes.
- Agir en tenant compte de leurs besoins émotionnels et physiologiques, sans les réduire à des machines à réflexes ou à des caricatures d’humains.
C’est là que l’anthropomorphisme en éducation animale devient problématique : il détourne notre regard des vraies clés de compréhension pour nos chiens et nos chats.
En résumé
Dans le contexte de l’éducation animale, l’usage du terme « antropomorphisme » peut freiner la reconnaissance des émotions animales.
Il entretient l’idée que parler d’émotions animales serait forcément une erreur, alors qu’il s’agit au contraire d’un pilier de la compréhension et du respect de nos compagnons.
Les chiens et les chats manifestent des états émotionnels complexes, comparables aux nôtres en tant qu’êtres vivants sensibles.
Notre rôle est de reconnaître ces émotions, de les accueillir et de les respecter sans leur inventer d’intentions qu’ils n’ont pas.